Epidémie de brucellose sur les bouquetins du massif du Bargy

 
 
bouquetin

Le département de la Haute-Savoie a été confronté, au printemps 2012, à l’apparition soudaine d’un foyer de brucellose dans un cheptel bovin du Grand-Bornand, qui s’est avéré être à l’origine d’une transmission de la brucellose à au moins deux jeunes garçons de cette même commune, ayant consommé du fromage frais produit dans cet élevage. Il s’agissait du premier cas d’élevage infecté en France depuis une dizaine d’années.

La brucellose, une maladie grave pour l'homme et les élevages

La brucellose est une maladie due à des bactéries zoonotiques du genre brucella, micro-organismes classés dans le groupe III de risque biologique pour l’homme et l’animal sur une échelle de I à IV (IV étant le niveau le plus élevé). Cette infection chez les ruminants fait partie des dangers de première catégorie définis par le ministère de l’agriculture.
Chez l’homme, la brucellose est une maladie chronique, grave et invalidante, à symptômes polymorphes qui, si elle n’est pas traitée à temps, peut nécessiter des traitements hospitaliers importants, avec souvent des séquelles irréversibles.
L’absence de foyer de brucellose bovine en France depuis 2003 a permis de reconnaître le pays officiellement indemne de cette maladie au sein de l’Union Européenne en 2005. Ce statut a été menacé par la découverte de cet élevage laitier contaminé par Brucella melitensis biovar 3. La perte de ce statut entraînerait des pertes économiques très importantes en terme d’échanges d’animaux vivants, d’exportation de viandes ou de produits laitiers : rétablissements de mesures et/ou d’analyse de diagnostic, fermeture de marchés et modification des assouplissements obtenus dans les rythmes des mesures de surveillance du cheptel national. Cette maladie constitue donc également une menace sanitaire et économique importante et notamment pour la filière agricole alpine (filières fromagères au lait cru sous signe de qualité).

Modalités de gestion du foyer de brucellose bovine du massif du Bargy

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Afin d’éviter toute autre contamination humaine, de protéger les cheptels voisins et de conserver la qualification officiellement indemne de brucellose bovine de la France, d’importantes mesures de police sanitaire ont été ordonnées par les services de l'Etat en Haute-Savoie dès la découverte de ce foyer, contribuant à assurer la maîtrise de celui-ci: abattage total et désinfection du foyer, destruction de fromages au lait cru, abattages diagnostics d’animaux, mise sous surveillance et blocage des productions des élevages contacts, dépistages exhaustifs de tous les animaux pâturant sur le massif concerné par la maladie depuis l’automne 2012 (plus de 15 500 analyses sérologiques et 1 000 analyses sur le lait réalisées depuis septembre 2012). Un dépistage sur les cheptels domestiques s’est poursuivi en 2014, avec des modalités allégées, les résultats obtenus étant jusqu’à ce jour rassurants.

Les bouquetins du massif, identifiés comme réservoir de la maladie

L’office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFSOffice national de la chasse et de la faune sauvage) mandaté par l’Etat a mis en œuvre un programme important de surveillance sanitaire de la brucellose sur les ongulés sauvages des massifs du Bargy, de Sous Dine et des Aravis (chamois, cerfs, chevreuils, bouquetins), dans le but de rechercher tout lien éventuel avec le foyer de brucellose sur le cheptel bovin du Grand-Bornand.
Ce programme de surveillance scientifique de grande ampleur (255 analyses sérologiques sur les bouquetins capturés par télé-anesthésie, 490 sur les autres ongulés sauvages tués à la chasse, mise en œuvre et étude du suivi spatio-temporel et de la dynamique de la population grâce, entre autres, à la pose de colliers émetteurs VHF et GPS) a permis d’identifier la présence de la maladie de façon importante sur les populations de bouquetins du massif du Bargy, avec une prévalence de la maladie de 38 % en 2013 et de près de 45 % en 2014 et sur le plan biologique, un fonctionnement dégradé (population déstructurée).
Cette étude est considérée par les scientifiques comme suffisamment fiable et fine pour qualifier le taux sur les animaux du massif du Bargy de très élevé, expliquer le mécanisme de diffusion de la maladie au sein de cette population et conclure que la probabilité d’exposition augmente au cours de la vie, notamment via une transmission vénérienne chez les individus aptes à la reproduction. Par ailleurs, les études menées par l’ONCFS grâce à des relevés pédestres répétés et le suivi d’animaux équipés de colliers VHF et GPS ont montré de manière tout aussi fiable que la population de bouquetins du massif du Bargy présentait un fonctionnement démographique très dégradé, particulièrement depuis 5 à 6 ans, avec une pyramide des âges totalement inversée en 2013 et un indice de reproduction très faible, le plus faible des populations de bouquetins suivies en France.

Mesures prises par les services de l'Etat contre la propagation de la brucellose

Dans ces circonstances, afin de limiter les risques de propagation de la maladie, il a été décidé en septembre 2013 :

  • d’abattre les bouquetins du massif du Bargy dont la classe d’âge était la plus atteinte et la plus à même d’entretenir la maladie au sein de la population de bouquetins (animaux participant à la reproduction), c'est-à-dire les animaux de 5 ans et plus.
  • de poursuivre au printemps 2014 la capture et les analyses sérologiques d’une partie des animaux restants, afin d’évaluer la nouvelle prévalence de la maladie

 233 bouquetins de 5 ans et plus ont été abattus en octobre 2013 dans ce cadre.
Cette décision d’abattre les animaux les plus âgés a été prise dans un contexte où il n’existe pas de solution alternative satisfaisante. En effet, la vaccination des animaux n’est pas disponible et la détection de l’ensemble des animaux séropositifs est très difficile à mettre en oeuvre en situation réelle.
Cette décision a été prise suite aux recommandation de l’avis de l’Anses du 4 septembre 2013 qui n’envisage que deux solutions : l’abattage partiel des individus âgés (option retenue en octobre 2013) ou l’abattage total. Dans ses conclusions, elle confirme bien que ces actions d’abattage sont « les plus à même de réduire drastiquement » le risque de contamination.
Les prélèvements réalisés en 2014 montrent que la maladie n’a pas globalement progressé ni régressé sur l’ensemble de la population mais qu’elle s’est fortement aggravée chez les bouquetins de moins de cinq ans.

Ségolène Royal, ministre de l'écologie, du développement durable et de l'énergie, a demandé, à la suite des débats du conseil national de protection de la nature tenu à Paris le 20 novembre 2014, que le protocole d'éradication de la brucellose des bouquetins du Bargy intègre les dernières données scientifiques disponibles. Il n'y aura par conséquent pas d'abattage total des bouquetins du massif du Bargy dans les jours qui viennent. Un nouveau protocole sera élaboré,conformément à la stratégie d'assainissement que la ministre a demandé de mettre en œuvre avant la prochaine estive.

Communiqué de presse du 31/10/2017 sur la lutte contre la brucellose