Journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux "Justes"

 
 
Monument national aux Justes au parc de Ripaille (Thonon-les-bains)

La journée nationale à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux "Justes", instituée par décret du 3 février 1993 et par loi du 10 juillet 2000, est fixée au 16 juillet si c’est un dimanche ou au dimanche suivant.

La persécution des juifs en France

Tout au long de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs de France ont connu des persécutions racistes d’une violence qui fut qualifiée de crime contre l’humanité. Aujourd’hui ce souvenir douloureux est gravé dans la mémoire nationale.

Les humiliations, l’exclusion, les rafles, l’internement, la déportation et la mort ; c’est un crime de masse organisé soigneusement par les nazis et leurs collaborateurs dans toute l’Europe et notamment par le gouvernement du Maréchal Pétain. En effet, 76 000 Juifs de France dont 11 400 enfants sont déportés et connaissent l’horreur des camps de la mort.

Les juifs subissent à partir de juin 1940 de plus en plus d’interdictions avec les différentes lois françaises sur le statut des Juifs qui font d’eux une catégorie à part de la population. Certaines professions leur sont interdites comme la fonction publique ou l’enseignement, 6000 juifs sont déchus de leur nationalité française et deviennent apatrides. En 1941, le commissariat général aux questions juives est créé à Paris. A partir de 1942, ils doivent obligatoirement porter l’étoile jaune. C’est le 14 mai 1941 que les rafles commencent en France avec l’arrestation de plus de 3700 juifs étrangers à Paris.

Entre le départ du premier convoi de la mort le 27 mars 1942 et du dernier convoi du 17 août 1944, l’État français scellait son engagement dans une funeste entreprise d’extermination. En Haute-Savoie, près de 350 personnes seront déportées et envoyées dans des camps de concentration pour motifs raciaux.

La rafle dit du Vel’ D’Hiv des 16 et 17 juillet 1942 et les différentes rafles du mois d’août effectués en zone non occupée vont marquer l’opinion. Elles suscitent une prise de conscience de la part de nombreux de Français. Une véritable chaîne de solidarité, collective ou individuelle, se met en place. Elle a permis de sauver les trois quarts des Juifs de France.

Les Justes en Haute Savoie

En mars 1944, Maurice Schumann lançait sur les ondes de la radio de Londres "Il y a 3 pays qui résistent en Europe : la Grèce, la Yougoslavie et la Haute-Savoie". Au-delà de la Résistance armée à l’occupant, le département a connu une résistance toute aussi précieuse et universelle, celle qui consistait à porter assistance, souvent au péril de sa vie, aux pourchassés.

A cette époque, les fugitifs qui ont pu se soustraire aux arrestations souhaitent gagner l’étranger; la Haute-Savoie est le département de la zone libre limitrophe de la Suisse "terre promise". Aux frontières terrestres s’ajoute la possibilité de traverser le lac Léman entre Yvoire et Nyon. Pour éviter les gendarmes français, les migrants ont recours aux passeurs, bénévoles ou rémunérés. Dès août 1942, 15 d’entre eux seront arrêtés et internés au camp de Sisteron (04).

Après la rafle du camp de Savigny, en 1942, des organisations actives de sauvetage des juifs se mettent en place dans la région pour répondre aux mesures antisémites, telles que les Éclaireurs israélites de France. Des chrétiens entrent aussi dans cette résistance, nous pouvons nous souvenir en Haute-Savoie du père Louis Favre de Ville la Grand ou de l’abbé Mopty d’Evian-les-Bains.

Pendant l’occupation italienne (novembre 1942-septembre 1943), les arrestations diminuent. En effet, les opérations de police sont retirées aux autorités françaises au profit de l’armée italienne qui suspend les arrestations et l’internement de juifs. Mais dès l’arrivée des troupes allemandes les mesures répressives reprennent et le rôle des réseaux de Résistance et celui des "sauveteurs de l’ombre" prennent toute leur valeur de solidarité et d’espoir. Ce sont au total 203 personnes de confession israélite qui seront arrêtées par les autorités allemandes et la milice française (8 septembre 1943-19 août 1944). Mais on peut penser d’un autre coté, que ce sont 30 000 juifs qui ont été sauvés.

L’Etat d’Israël a reconnu 107 Justes parmi les nations dans le département de la Haute-Savoie (Une cinquantaine résident encore dans le département). C’est une manière de reconnaitre, d’honorer et de saluer au nom du peuple juif, les personnes non-juives qui ont pris des risques pour sauver des vies. Des centaines d’anonymes ont aussi contribué à faire passer des enfants et des adultes en Suisse. Ces français ont désobéi à la loi en aidant les opprimés; ils ont placé l’humanité et la liberté au dessus de la violence et de la xénophobie. Ils se sont opposés à la Shoah en évitant parfois la mort à des fugitifs.

En 1997, un monument national aux Justes a été élevé par les israélites de Haute Savoie au parc de Ripaille à Thonon-les-Bains.

Au cours de la cérémonie d’hommage aux Justes de France au Panthéon, le 18 janvier 2007, date anniversaire de l’entrée de l’armée rouge à Auschwitz, Madame Simone VEIL, s’adressant aux Justes déclare : "vous avez agi avec votre cœur parce que les menaces qui pesaient sur eux vous étaient insupportables. Vous avez obéi sous le coup d’une exigence non écrite qui primait sur toutes les autres. Vous n’avez pas cherché les honneurs. Vous n’en êtes que plus dignes."

Autres communautés persécutées

Il ne faut pas oublier que nombre d’autres communautés ont été persécutées par le régime nazi : les tziganes particulièrement. S’ajoutent les populations slaves considérées elles aussi comme des "sous hommes". Enfin, la communauté homosexuelle a eu, elle aussi, à pâtir de ces années noires.