Actualités 2018

Hommage à Ida Grinspan

 
 
Ida Grinspan © Maxppp Marc Payet

Une des dernières survivante de la Shoah et passeuse de mémoire décédée le 24 septembre 2018.

Ida Grinspan est née en 1929 à Paris dans une famille juive laïque qui avait fui la Pologne en 1924, lorsque l’antisémitisme a pris de l’ampleur. Elle a appris le yiddish au patronage ce qui lui a permis, plus tard, de comprendre d’allemand.

Fin mai-début juin 1940, les Allemands envahissent la France. En juin 1940, ses parents l’envoient chez une nourrice à la campagne dans les Deux-Sèvres, pour améliorer ses conditions de vie et lui éviter les bombardements. Elle va à l’école et elle passe son certificat d’étude. Elle ignore tout de ce qui se passe à Paris jusqu’à ce que son père lui annonce dans une lettre l’arrestation de sa mère lors de la rafle du Vél d’Hiv le 16 juillet 1942. Son père et son frère aîné se cachent et elle n’a aucune nouvelles d’eux.

Le 30 janvier 1944, Ida est arrêtée chez sa nourrice dans la nuit par trois gendarmes français. Elle est interrogée à Niort pour lui soutirer l’adresse de son père et de son frère puis est transférée à Drancy.

La déportation

Ida a 14 ans et elle est envoyée au camp d’Auschwitz dans un wagon plombé le 10 janvier 1944. Ce convoi emportait 1 500 personnes dont 295 enfants âgés de 19 jours à 18 ans. Ce voyage dura 3 jours et 3 nuits dans la promiscuité et la puanteur. Débarrassée deux ans plus tôt de ses nattes, Ida paraît plus âgée et évite ainsi la chambre à gaz où étaient envoyés systématiquement les enfants de moins de 15 ans. Sur les 1 500 personnes de ce convoi, 1 229 ont été gazées immédiatement. Ida fait partie des 61 femmes et 210 hommes retenus pour travailler dans le camp de Birkenau. À la libération d’Auschwitz, 32 femmes et 28 hommes du convoi ont survécu.

Dès son arrivée, elle est tatouée au bras et c’est sous le matricule 75 360 qu’elle sera appelée perdant ainsi son identité. Durant presque un an, Ida va connaître l’enfer des camps de concentration. Elle est successivement affectée à un commando des pierres, de pommes de terres et elle travaille ensuite dans une usine d’armement.

Le 18 janvier 1945, la camp est évacué, car le front russes approche. Ida et les autres détenus vont marcher durant 3 jours et 3 nuits sans aucune nourriture. Le mot solidarité prend toute sa valeur sur cette route de la mort. Les personnes qui traînent sont abattues ou meurent d’épuisement. Malgré le fait qu’ils se soutiennent, la moitié des déportés meurent sur cette route avant d’arriver à Ravensvrück.

En janvier 1945, Ida est atteinte du typhus et transférée à l’infirmerie où elle est soignée par Venda, une infirmière polonaise qui va s’occuper d’elle durant 2 mois et demi. En avril, les nazis fuient le camp et les soldats soviétiques emmènent les malades en brouette jusqu’à un hôpital militaire allemand occupé par les Russes. Ensuite des soldats américains la ramènent en zone franco-britannique. Ida retrouve la France et la liberté le 30 mai 1945.

Lorsqu’elle sort de cet enfer, Ida a 15 ans et demi. Elle ne retrouvera que son frère, ses parents ayant péri dans les camps. Elle est décédée le 24 septembre 2018 à l’age de 89 ans.

Son témoignage

Ida témoignait régulièrement sur la déportation et elle expliquait aux lycéens : « Je ne viens pas ici pour me faire plaindre, mais pour vous raconter ce que des hommes ont fait à d'autres hommes parce qu’ils étaient nés. »

Elle a écrit en 2012 avec Bertrand Poirot Delpech un livre intitulé "Je n'ai pas pleuré" paru en mai 2012 aux éditions Pocket.